Pythéas de Marseille à la découverte de l'Europe du nord

Retour à Massalia


A son retour, Pythéas raconte son voyage dans deux livres aujourd’hui disparus : “Description de la terre” et “De l’Océan”. Leur diffusion dans le monde grec recevra un accueil mitigé. Les scientifiques utiliseront largement ses mesures, tandis que la majorité des historiens et géographes du monde romain sera beaucoup plus nuancée envers lui.

 

Pythéas est de retour à Marseille. Il ramène dans ses bagages et dans les cales de l’Artémis, de l’ambre, et de l’étain ; sans doute aussi des objets de l’artisanat des pays qu’il a visités. Et nous pouvons imaginer quelles ont été les réactions de son entourage. Tout d’abord, pour la riche cité de Massalia, Pythéas dit que les livraisons d’étain en provenance de la Cornouailles anglaise continueront. La route de la Garonne est sûre, et celle de la Seine et du Rhône le redevient, les Celtes se stabilisant. Pour l’ambre, c’est un peu plus compliqué car il n’y a que la route du Rhin. Il faudra attendre encore un peu pour bénéficier d’approvisionnements réguliers. Il est accueilli avec soulagement par les timouques et les riches marchands de la cité. La prospérité de la ville est assurée.

Et puis il y a toutes les histoires merveilleuses et extraordinaires qu’il conte. En effet, il est allé sur la bordure de l’océan, où pour la majorité de ses concitoyens, plus rien n’existe. On peut imaginer l’équipage (s’il y en avait un) raconter le voyage dans les tavernes du port devant un public ébahi. Les soirées devaient être longues !

Mais Pythéas, le scientifique, a d’autres idées en tête. Devant l’accumulation de telles découvertes, il ne peut rester sans rien dire. Il écrit donc deux livres : « Description de la terre » et « De l’océan ».
Le premier relate son voyage à pied par delà la Gaule vers la Britannie et Thulé.
Le second, raconte son périple marin à bord de son navire, sur la bordure de l’Europe (1). Ce sont Cosmas Indicopleustes pour De l’océan (M48.1) d’une part et Apollonius pour Description de la terre (Q79) d’autre part, qui citent ces ouvrages.
Selon certains spécialistes, le premier titre est le terme générique de tout livre traitant de géographie et de science. Le deuxième est le titre particulier.

Quand les a-t-il écrit, et donc quand est-il parti ? Nous savons qu’Hérodote, qui écrivait entre 335 et 323 AC, connaissait Massalia, mais ne citait pas Pythéas. Donc, le voyage n’était pas connu à cette époque ou, tout au moins, les écrits n’existaient pas encore. Les premiers à citer Pythéas sont, d’une part un disciple d’Aristote entre 326 et 296 AC, et Timée entre 320 et 300 . On peut donc considérer que c’est vers 320 AC que les livres de Pythéas sont introduits dans le monde grec. Il aura fallu environ cinq ans pour que ceux-ci soient écrits puis diffusés. C’est donc vers 330/320 AC que Pythéas effectua son périple. Certains auteurs précisent même 332 !

Durée du jour Distance depuis Marseille (stade) Latitude Circonférence de la terre (Km)
Thulé 22 66
Shetlands 19 9100 61 28600
Ile Levis 18 58
Morecambe 17 6300 54 32400
Le Yaudet 18 3800 48 42900
Marseille 15 43

Ce tableau nous indique les mesures astronomiques que Pythéas a faites pendant son périple. Quand il monte dans le nord, il observe des jours de plus en plus longs (au solstice d’été, et en heures modernes). Dans certains cas nous connaissons les mesures de distances estimées, en latitude, avec Massalia. La troisième colonne donne les latitudes mesurées par Pythéas, converties en degrés. Ces mesures nous sont fournies par Hipparque. A partir des deux prècédentes colonnes, il est très facile de donner -quatrième colonne- la mesure de la circonférence de la terre selon Pythéas. Nous pouvons observer, qu’à partir d’une estimation de la distance entre Marseille et trois points dans le nord, l’ami Pythéas a fourni des mesures basses de la circonférence de la terre (sauf une mesure). Chapeau bas Monsieur Pythéas. Ces mesures de la circonférence de la terre par Pythéas n’apparaissent nulle part. C’est tout simplement parce qu’à l’époque d’Hipparque – environ 140 AC – la circonférence est connue et la mesure de Pythéas n’a plus d’intérêt.


La grande bibliothèque d’Alexandrie ouvrit ses portes en 295 AC. Elle contenait plus de 500 000 volumes, au maximum de son développement, et son catalogue comprenait 120 livres. Eratosthène en fut le bibliothécaire en chef et il utilisa largement les informations de Pythéas. Une autre bibliothèque, en concurrence avec Alexandrie, existait à Pergamum, sur les côtes d’Asie Mineure. Il est raisonnable de penser que De l’océan y était aussi présent. Elle fût transférée à Alexandrie sous le règne de Marc Antoine.

Est-il possible d’imaginer quel à été l’effet des livres de Pythéas sur les lecteurs ? Une sorte d’Odyssée moderne ou le magique et l’extraordinaire sont constamment présents. Tellement extraordinaire et aussi dérangeant que certains auteurs, dont le plus connu est Strabon et dont les historiens modernes sont de moins en moins sûrs qu’il ait eu en mains les manuscrits, nieront carrément les exploits de Pythéas.

Que nous a-t-il apporté ?
Une exploration maritime sans précédent pour l’époque. Une expédition scientifique de tout premier intérêt. Une mission commerciale rassurante pour la cité phocéenne et le monde grec. Pythéas, homme de Marseille, dont Bougainville disait qu’il était « habile astronome, ingénieux physicien, géographe exact, hardi navigateur », était un explorateur en avance sur son temps. Il fût aussi le premier explorateur pôlaire.