Pythéas de Marseille à la découverte de l'Europe du nord

Au nord de la Britannie : Thulé

Pythéas aborde les rivages de Thulé (Islande), après six jours de navigation vers le nord ; Il y observe le soleil qui ne se couche que quelques heures, et fait une nouvelle mesure de latitude.

 

Strabon est encore là pour nous donner un indice: « Pythéas nous dit que Thulé est à une distance de six jours de navigation de la Bretagne en direction du nord et qu’elle est proche de la mer gelée. »(M44). Mais il dit aussi que Pythéas est le « pire menteur ». Servius indique, dans ses commentaires sur Virgile, que Thulé est située « entre le septentrion et l’occident  au delà de la grande Bretagne…»(M47) . Pline ajoute à propos des jours et des nuits : « durant les jours de solstice quand le soleil vient proche du sommet du monde, à cause de la route enfermée de la lumière, la terre en dessous a des jours continuels de six mois autant que des nuits continuelles en hiver quand il est en direction opposée »(M52). Un autre texte de Geminos dans son traité d’astronomie Introduction aux phénomènes célestes est très intéressant : « Il apparaîtrait que Pythéas le Massaliote était en fait allé dans ces régions. Il dit, à propos des observations qu’il a notées dans de l’océan : Les barbares nous ont désigné en plusieurs occasions l’endroit où le soleil disparaît. A cet endroit, la nuit est extrêmement courte : deux heures pour les uns, ou trois pour d’autres, et juste après le soleil se lève à nouveau. »(M48). Un passage de Strabon nous donne des informations astronomiques : « Le Massaliote Pythéas dit que les régions extrêmes sont celles autour de Thulé… proche du tropique d’été qui est le même que le cercle arctique »(M50).


Le soleil de minuit en Islande

 

Nous savons que Pythéas a fait une mesure de latitude à hauteur des Shetlands. Mais n’est ce pas en Norvège aux environs de Bergen ? Ensuite, monte-t-il directement en Islande ? En a-t-il fait le tour complet ? Pour aller naviguer plus loin dans le nord, sans doute.

Pythéas est bien allé en Islande, et Pline dit « la plus reculée de toutes les îles ». Pythéas débarque à Thulé, sans doute son rêve. Il passe ses nuits (si courtes) à observer le soleil. Et il sait alors qu’il avait raison. Le soleil, quand on est, en été, au nord de L’Islande, effleure l’horizon puis remonte aussitôt. Une autre mesure avec son gnomon lui donne la latitude. Hipparque nous transmettra 66°. Peut être n’était-il pas en Islande aux premiers jours de l’été car il a écrit (Géminos le dit) « les barbares nous montraient où se couche le soleil ». Donc il n’aurait pas vu le soleil de minuit. Ou bien était-il tout simplement au sud de l’Islande. Et là, le soleil se couche toujours un peu. Et puis, ne l’oublions pas, nous ne disposons que d’une infime partie des écrits de Pythéas.
Il a découvert une île qui, normalement devait être trop froide pour y vivre. Et pourtant un peuple y vit. Ce qu’il ne pouvait connaître, c’est l’existence du Gulf Stream, courant chaud qui procure ses bienfaits au-delà cercle polaire.

A Thulé, Pythéas est confronté à un problème temporel. La journée du monde grec est traditionnellement partagée en deux parts égales de douze heures (horas). Mais, depuis qu’il monte vers le nord, il remarque que les douze heures de la nuit sont bien différentes et bien plus courtes. Et comble, à Thulé, il n’y a plus de nuits, donc vingt quatre heures durent douze heures ? Difficile à admettre. Ne serait-il pas plus logique d’admettre que les heures ont une durée fixe ? Ainsi à Thulé les jours d’été, ont une durée de vingt quatre heures et il n’y a pas d’heures de nuit. Le problème est réglé.

Nous pensons que Pythéas a eu le premier cette idée. En tous cas, c’est sûr, elle correspond tout à fait à ce qu’il observe. Plus tard, Géminos (voir citation plus haut) utilisera ce système. Quand Pythéas, par l’intermédiaire de Strabon évoque le tropique d’été (tropique du cancer), qui est le même que le cercle arctique, il veut simplement dire qu’ils ont la même latitude, l’un de l’équateur, l’autre du pôle Nord. En fait Pythéas mesure à nouveau l’obliquité de l’écliptique.