Pythéas de Marseille à la découverte de l'Europe du nord

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Le poumon marin


Et Pythéas s’aventure encore plus loin vers le nord en des lieux angoissants, où le froid transperce les os, et où « on ne peut ni marcher ni naviguer ».

 

A Thulé, il apprend que, à un jour de voyage dans le nord, la mer gèle. Pythéas, en scientifique qu’il est, est très intrigué par cela. Il convainc les marins locaux de l’amener voir ce phénomène.


La mer gelée.
Vue d’artiste. Pythéas tente de se frayer un passage dans le pack

Un premier texte de Strabon ne nous renseigne pas (N56). Mais d’autres passages nous le décrivent mieux. Pline, avec cette simple phrase : « A un jour de voyage de Thulé, vers la mer Congelée que certains appellent Cronienne. »(N57). Polybe nous dit : « de ces endroits où ni la terre n’avait d’existence, ni la mer, ni l’air, mais une sorte de mélange de ces choses comme un poumon marin dans lequel la terre et la mer et toutes ces choses sont ensemble en suspension, et comme si c’était un lien entre tous, ces choses existant dans une forme dans laquelle on ne peut ni marcher, ni naviguer. »(N58.1), et Strabon ajoute : « La chose comme un poumon marin il dit l’avoir vue, mais les autres choses il en parle par ouï-dire. »(N58).

Qu’a pu voir Pythéas ? Sans doute l’endroit où se forment les premières glaces. Dans ces confins, il y a des jours sans vent, où la température descend rapidement, surtout quand on s’approche du courant froid descendu du nord, qui passe au nord-ouest de l’Islande. La mer est très froide, tandis que l’air venant du sud est plus chaud, ce qui provoque souvent des brouillards.

Le courant transporte les débris de la banquise qui s’est disloquée l’été, venant de l’extrême Nord. Les glaces sont très serrées, ce qui fait que la surface de la mer devient presque unie, simplement bercée par le rythme lent de la houle. C’est le pack.


Image du pack en été.
 Photo © C. A. Linder, WHOI.
Cette image est la propriété de whoi.edu

Il se présente comme une barrière souvent infranchissable, même de nos jours, où la température est remontée de quelques degrés par rapport au temps de Pythéas. Le pack, en été, s’étend sur toute la côte Est du Groenland, avec une largeur qui atteint quelques fois 200 km. Strabon dit que Pythéas a vu lui même le poumon marin (banquise ou méduse), mais que pour le reste, il en a seulement entendu parler. Comme si l’on pouvait aller sur la banquise sans être passé par le Nord de l’Europe ! Strabon est pris en flagrant délit de déni.

Il est temps maintenant pour Pythéas de rebrousser chemin et de rentrer à Marseille. La première partie de son voyage est terminée.