Pythéas de Marseille à la découverte de l'Europe du nord

Quitter Marseille


La voie maritime s’offre à lui. C’est la première hypothèse et la plus conforme à nos enseignements. Mais les textes indiquent autre chose, une deuxième possibilité surprenante : Pythéas va suivre la route des caravanes de la route de l’étain, celle qui passe par Bordeaux. Néanmoins, cette deuxième proposition n’est pas entièrement satisfaisante. Aurait-il fait plusieurs voyages ?

Que disent les textes ?

Strabon nous donne ces indications, la première en citant Polybe :
« Mais Polybe réplique qu’il y a en cela même quelque chose d’incroyable : qu’un simple particulier, et pauvre, ait pu trouver le moyen de naviguer et de cheminer sur de si vastes espaces. » (A1)
« … Voila ce que raconte Pythéas, et qu’ensuite, étant revenu de Thulé, il aurait continué son exploration de toutes les côtes océaniques de l’Europe, de Gadir (les colonnes d’Hercule) jusqu’au Tanaïs. »(O62)

Polybe s’étonne que Pythéas ait pu, non seulement naviguer (ce qui nous parait normal car il est Grec) mais aussi cheminer. Nous savons que Pythéas ne s’est pas contenté de faire des escales, mais qu’il a aussi étudié les mœurs des « barbares ». Aurait-t-il fait des explorations terrestres ? C’est ce que le laisse supposer le terme « naviguer et cheminer sur de si vastes espaces ».
D’autre part, le second texte de Strabon nous dit, alors que par ailleurs il est plus que critique envers le Massaliote et qu’il ne croit pas en ses écrits, « étant revenu de Thulé ». Où est-il revenu ? A Marseille, son point de départ bien entendu. II aurait ensuite exploré les côtes de l’Europe de Cadix jusqu’au Tanaïs (le Don). Strabon, comme à son habitude, ne croit pas à cette assertion. A cette époque le Don était censé avoir sa source dans l’océan glacé au Nord, comme le Nil prenait sa source dans l’océan Atlantique.

Nous pensons donc que Pythéas a fait deux expéditions !

G. Broche, théoricien de Pythéas a abordé cette hypothèse dans sa thèse de 1936, mais ne l’a pas retenue. Pour lui, à son retour de Thulé, Pythéas s’est arrêté en Grande Bretagne, y a passé l’hiver, pour continuer ensuite vers le Tanaïs. Son expédition était unique et s’est faite exclusivement par voie maritime au départ de Marseille.

D’autres historiens, comme B. Cunliffe, au contraire, font partir Pythéas exclusivement par la route des caravanes, ne pouvant franchir les colonnes d’Hercule alors étroitement surveillées par les Carthaginois depuis Cadix.


Reconstitution d’une pentécontore en service au temps de Pythéas. Musée d’histoire de Marseille

Pourquoi chercher une explication compliquée et qui, en réalité, ne satisfait personne en réalité ?

Pythéas a fait deux voyages (1) :

  • Le premier à pied et en utilisant un navire local avec équipage et pilote pour les transbordements d’îles en îles jusqu’à Thulé.
  • Le deuxième avec son navire, ou sa petite flottille, armé par la république de Massalia, pour explorer les côtes du Nord de l’Europe.

Sa première expédition ayant été faite à pied, il n’est pas passé par les colonnes d’hercule et c’est bien à la deuxième, par la mer, qu’il explore les côtes de l’Europe, du détroit de Gibraltar aux sources du Tanaïs.

A son retour il écrit deux livres correspondant à chacun de ses voyages : Description de la terre et De l’Océan.

Reste qu’il n’est pas clairement indiqué, que, au retour de Thulé, Pythéas soit revenu à Marseille. Nous ne saurons jamais !

Mais nous nous en tiendrons donc à notre hypothèse de départ : deux expéditions.

  • Première expédition : La route des caravanes.

Il part de Massalia vers 330-340 AC. Par la mer il relie Agde, puis suit la route des caravanes de l’étain. Quelques jours après il est à Tolosa (Toulouse), puis Bordigala (Bordeaux). Les caravanes empruntent sans doute un navire pour rejoindre le sud de la Bretagne, et il fait de même. Il va ainsi continuer son voyage à travers le continent et les îles jusqu’à Thulé. Il ne part pas les poches vides. Il aura rempli les paniers des caravanes de plusieurs moyens d’échange : vin, corail, objets grec en bronze, pièces d’or, rubis etc… Si pour Massalia l’objectif est commercial, celui de Pythéas est scientifique : il emmène un gnomon portable. Celui-ci mesure peut être un mètre de haut. Soit 10 fois moins que celui de Massalia. Il pourra ainsi faire ses mesures de latitudes facilement sans avoir besoin d’un grand terrain plat.

  • Deuxième expédition : le bord de l’Europe.

A son retour de Thulé, ayant maintenant beaucoup d’informations sur l’océan, et sachant que les Phéniciens naviguent déjà vers les îles Cassitérides, il fait de même et part sur la bordure de l’Europe, le bord de la Celtique. Il reste encore les origines de l’ambre à découvrir, et il cherche les sources du Tanaïs, et pourquoi pas le passage du nord vers l’Orient.

La république met à sa disposition un, ou deux navires, avec équipage. Les cales sont pleines de nourriture et de moyens d’échange, et un matin de printemps il prendra la mer à bord de l’Artémis.

D’où tenons-nous ce nom ? Ferdinand Lallemand le lui a donné dans « Journal de bord de Pythéas » en 1956.

Imaginaire pensez-vous ? Sans doute, mais il nous plait et en bons Marseillais, nous le gardons.


(1) François Herbaux dans «Puisque la terre est ronde» évoque aussi cette idée : deux voyages et deux livres. Mais dans son dernier livre il s’en va  seulement à pied, par le Rhône et la Loire.