Pythéas de Marseille à la découverte de l'Europe du nord

Rejoindre l’océan


Enfin, le navires est prêt.
Pythéas part pour le bord de l’Europe.

Un matin de printemps, la petite flottille, dont Pythéas en est le chef d’expédition, largue les amarres et quitte le Lacydon. Elle file directement vers Ampurias, comme le font les navires grecs assurant le commerce entre Massalia et la petite cité qu’ils ont créée il y plus de deux cents ans.

Strabon nous dit : « De Marseille aux colonnes d’Hercule, Eratosthène donne sept mille stades, mais en partant des Pyrénées six mille… » (E13). Eratosthène n’a pas fait le déplacement en Méditerranée occidentale. Il tient donc ces informations de Pythéas, le seul à les avoir fournies. Si l’on compte pour le stade 157 mètres (stade routier), cela nous donne 157 kms pour Ampurias, car c’est de cette cité dont il est question pour les Pyrénées. Ampurias est situé en Catalogne, près de Rozès. La distance est un peu sous estimée. Dans « Pythéas », Yvon Georgelin pense qu’elle a pu l’être à cause du courant ligure qui aurait poussé la flottille. Ce courant, d’une vitesse de déplacement vers l’ouest et le sud de 45 kms par jour nous permet, effectivement, de retrouver la distance réelle : 210 kms.


 Ampurias. Les ruines de la cité grecque d’Ampurias fondée par les Phocéens de Marseille. Image Google Earth

La distance entre Ampurias et les colonnes d’Hercule (détroit de Gibraltar) est de 6000 stades, soit 950 kms. Pythéas a-t-il parcouru la distance en une seule fois où bien s’est il arrêté dans les comptoirs massaliotes de Santa Paula et Maïnaké ?

Le détroit, dit-on, est jalousement surveillé par les Phéniciens depuis Cadix. Comment est alors passé Pythéas ? Certains historiens pensent que son navire était très rapide et qu’en naviguant vers la partie sud, près des côtes de l’Afrique, il aurait échappé à la vigilance des Carthaginois, ce qui lui aurait fait faire un large crochet vers le Sud. Pour cette raison, il aurait mis « cinq jours »(E14) pour rallier le cap Sacré (pointe sud du Portugal). D’autres pensent que les Carthaginois auraient été conciliants, mais n’expliquent pas le temps aussi long pour aller jusqu’au cap Sacré.
Erathostène aurait-il mal recopié Pythéas, qui par ailleurs donne des distances beaucoup plus justes ? D’après Strabon, Artémidore se serait aperçu de l’erreur commise.
Erathostène donne 36° pour la latitude du détroit. Là encore, nous savons qu’il ne s’y est pas déplacé. C’est donc de Pythéas qu’il tient cette information. Cela veut dire que celui-ci s’est arrêté au détroit, peut être à Cadix. Et donc les phéniciens l’ont accueilli ! Nous apprenons aussi que la navigation en remontant les côtes de l’Ibérie est plus facile qu’en les descendant (E14). Malheureusement, nous ne disposons d’aucun texte qui nous décrit la côte atlantique de l’Espagne. Pourtant, notre explorateur y a forcément fait escale.