Pythéas de Marseille à la découverte de l'Europe du nord

Les îles Cassitérides en Cornouailles anglaise et l'étain


Pythéas arrive à la pointe de la Cornouailles anglaise où sont exploitées les carrières d’étain. Il négocie pour le compte de Marseille et détaille l’industrie de l’étain.

Pythéas navigue maintenant plein Nord. En trois jours de navigation il traverse la Manche et débarque à la pointe de la Cornouailles, proche de l’actuel Plymouth, en Grande Bretagne.


La Cornouailles : les îles Cassétérides

Deux textes anciens nous permettent de comprendre la génèse de l’étain. Le premier est de Diodore dont on sait que ses textes sont fortement inspirés de Timée. Le deuxième nous vient de Pline l’ancien prenant ses sources, lui aussi de Timée, qui écrivait environ 40 ans après Pythéas, se servant de celui-ci pour sa description de l’Atlantique.

« Les habitants de la Bretagne qui vivent sur un promontoire appelé Belerion sont spécialement amicaux avec les étrangers et ont adopté une vie civilisée à cause de leurs relations avec les marchands et autres peuples. Ce sont eux qui travaillent l’étain, le traitant de manière ingénieuse. Ces blocs, rocheux, contiennent des parties terreuses desquelles ils extraient le minerai qu’ils font fondre pour le nettoyer des impuretés. Ensuite ils travaillent l’étain en forme de lingot et le transportent sur une île appelée Ictis en face de la Bretagne. A marée basse, l’espace entre cette île et la terre est sec et ils peuvent prendre l’étain en grande quantité avec leur chariots. (et quelque chose de particulier se passe pour les îles du voisinage qui sont entre l’Europe et la Bretagne à marée haute le passage entre elles et la terre principale devient plein, et elles ont l’apparence d’îles, mais à marée basse la mer recule et laisse sec un large espace et elles ressemblent à une péninsule). Sur l’île d’Ictis les marchands achètent l’étain aux autochtones et le transportent d’ici à travers le détroit de Galaté, le canal et, enfin faisant leur chemin à pied à travers la Gaule pendant trente jours ils transportent leur marchandise à dos de cheval vers les bouches du Rhône. »(G20). Il ajoute un peu plus loin que l’étain est embarqué à destination de Massalia et de Narbo (Narbonne).

Pline nous rapporte aussi ce texte :

« Tymée, dit qu’une île nommée Mictis se situe à six jours de navigation de la Bretagne où l’étain est trouvé et que les brittons traversent dans des bateaux d’osier couverts de peau cousues »(G21).

Il n’y a pas grand chose à dire du texte de Diodore. Sans doute comme le serait, si nous le connaissions, celui de Pythéas. Il y découvre les "îles Cassiterides et l’industrie de l’étain y est clairement expliquée. Le promontoire Belerion est le Finistère anglais. Ce cap s’appelait Bolerium quelques siècles plus tard. Le site d’Ictis est un centre important. Où est-il exactement ? On pense généralement au mont St Michel (anglais), dans la baie de Penzance. On y a trouvé en 1907 des drachmes (43 pièces), imitation des pièces massaliotes. Des pièces ne veulent pas dire une implantation industrielle. Il n’y a pas de traces archéologiques sur le site. Peut être sont elles enfouies dans le sable ? Plus à l’est, à Mount Batten, les vestiges archéologiques existent bel et bien. On trouve des traces de l’âge de bronze ainsi qu’une profusion d’objet datant du VIème au IIème siècle AC.


Obole de Marseille. On distingue bien les premières lettres MASSA

Est ce là Ictis ? Mount Batten était un port marchand important. Les navires, emportant leurs cargaison vers Marseille, et traversant la Manche en contournant la presqu’île armoricaine ? La route de contournement est effectivement possible, mais elle est longue et pas très sûre au passage de l’extrémité de la pointe. Elle l’est d’ailleurs toujours à notre époque malgré les progrès techniques. Le minerai transitait-il à dos de cheval à travers l’Armorique ? Puis au delà vers Corbillon la Gironde et Narbonne ?

Et les îles Cassitérides ? Ce nom vient du grec kassiteros qui signifie étain. Pythéas est bien arrivé aux îles Cassitérides. Le texte de Tymée indique une autre route pour le transport de l’étain. Il nomme l’île de Mictis. Est-ce Ictis ? Où est cette île à six jours de navigation ? Il n’y a que deux directions possibles. La route du Sud, vers la Bretagne ; mais dans leurs bateaux d’osier nous ne les voyons pas traverser la Manche. Et la route de l’Est. Dans ce cas ce serait peut être l’île de Wight, servant de centre de dispatching. Cette deuxième route empruntait alors la vallée de la Seine et le Rhône. Certains auteurs supposent que Pythéas, à son retour des îles britanniques (et donc de Thulé), serait revenu à Marseille par cette route.

Pythéas est arrivé sur place, aux sources de l’étain. Pouvons nous imaginer quelle est sa joie ? L’un de ses objectifs est atteint et il négocie peut être un marché entre la république de Marseille et les autochtones. Pythéas a rempli une partie de son contrat. Mais son intérêt scientifique est toujours là. Il veut aller vers le Nord. Il sait par les autochtones qu’il est sur une île et qu’il est à la pointe Sud-Ouest de celle-ci. Il décide donc de remonter le plus vite possible vers le Nord. La route la plus rapide passe par la côte ouest. Un matin, il part vers le Nord en doublant le cap Belerion.