Pythéas de Marseille à la découverte de l'Europe du nord

La Britannie

Pythéas hiverne dans les îles de la Britannie. Du Nord au Sud, et sans doute d’Est en Ouest, il parcourt les îles et fournit les dimensions de l’île principale. Il donne aussi une description complète du mode de vie des britons. Il n’oublie pas non plus de prendre des mesures de latitude.

Pythéas a fait le tour complet des îles britanniques ( Grande Bretagne ). Vraisemblablement, il y fait aussi un hivernage, ce qui lui donne l’opportunité d’approfondir ses connaissances des îles et des indigènes.

Selon Pline, « Albion est son nom, quand tous l’appelle Britannie. » Selon Diodore, qui a  peut être donné les informations les plus précises, « la Britannie a une forme triangulaire, plus grande que la Sicile. L’île s’étend en oblique le long de la côte de l’Europe et le point le plus près du continent est le cap que les hommes appellent Kantion, est à environ 100 stades du continent, à l’endroit où la mer a son débouché, tandis que le deuxième cap connu comme Belerion est à quatre jours de voyage du continent, et le dernier les écrivains nous le disent, loin dans l’océan, et il s’appelle Orkas. Des côtés de la Britannie, le plus court, celui contre l’Europe est de 7500 stades, le second, du détroit à la pointe est 15000 stades, et le dernier est 20000 stades ».


Habitations en Britannie

La description générale est correcte, mais les dimensions sont surestimées. Sans doute Pythéas a mal intégré, en naviguant le long des côtes, les dimensions réelles de l’île qui s’appelle Albion, mais les gens l’appellent entre eux Britannie. Ils sont des Britons ou Pritons (1), qui signifie étain. C’est peut être aussi le nom que leurs donnaient les celtes d’Armorique et Pythéas le reprend simplement. Par l’ouest, Pythéas remonte rapidement. Il file toujours plus loin. Il arrive à l’île Lewis. Là, Il profite de l’escale pour faire une deuxième mesure avec son gnomon. Hipparque donne la latitude de 58°14’. Les marins que Pythéas rencontrent lui disent qu’il existe une terre lointaine. Alors, Il veut aller encore plus loin vers le nord, mais ses pilotes le lui déconseillent. Le mauvais temps va s’installer et comme les jours sont encore plus courts il n’a plus le choix : il décide de passer l’hiver dans la Britannie. Il attendra l’été prochain.
Pendant ce long hivernage, que fait Pythéas ? Il se transforme en ethnologue. Strabon disant de lui « sur cette terre britannique, partout où elle était accessible, il affirme être descendu ». Il visite aussi l’Irlande (voir page suivante). A propos des Britanniques, Strabon dit : « des fruits et animaux il y a un manque complet des uns et une pénurie des autres et les gens vivent de mil et d’autres herbes, fruits et racines ; et où il y a du grain et du miel les gens en font aussi une boisson. Comme pour le grain, depuis qu’ils n’ont pas de pur soleil, ils le battent dans de grands abris ayant récoltés les épis auparavant ». Diodore nous donne d’autres détails : « La Bretagne, on le dit, est habitée par des tribus indigènes qui ont préservé leur art de vivre des anciennes coutumes. Par exemple, ils utilisent des chariots pour la guerre … Leurs maisons sont simples et faites le plus souvent de roseaux et de bois. De leurs grains, ils coupent seulement les têtes, et les rangent dans des abris couverts, et chaque jour ils choisissent les épis mûrs et les moulent, et de cette manière ils obtiennent leur nourriture. Leur comportement est simple et très différent de l’agressivité et méchanceté qui caractérise les gens d’aujourd’hui. Leur façon de vivre est simple, très différente de la vie molle qui vient du luxe. L’île est fortement peuplée, et l’air est froid, comme il est normal d’un pays qui est situé sous l’Ourse. Ils ont de nombreux rois et chefs qui généralement vivent en paix les uns avec les autres ».

Pythéas fait une autre mesure avec son gnomon. Hipparque nous donne 54°14’. Où a-t-il pris sa mesure ? Elle correspond au nord est de l’Irlande, à l’île de Man, ou peut-être au fond de la baie de Morecambe où il a pu séjourner quelques mois. Et pourquoi pas en Norvège ?
Enfin, le printemps est de nouveau là, et il remonte vers le nord, passe de nouveau aux îles Hébrides, puis l’extrème nord des îles britanniques dont le cap s’appelle Orkas. Il fait ensuite une escale aux îles Shetland. Il prend une nouvelle mesure de la longueur de l’ombre, qui transformée en fraction de circonférence, puis en notation moderne par Hipparque donne 61°.

Mais où est cet endroit mystérieux que les autochtones appellent Thulé ?

Des marins font régulièrement le voyage, alors pourquoi pas lui ?

(1) Pritons : hommes peints ?